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Michel de Castelnau-Mauvissière, Seigneur de Jonville 1517(?) - 1592
une vie ou un roman ?

Les années de formation
Il naquit vers 1517 à la Mauvissière, près de Tours, cadet de neuf enfants, dans une famille originaire du Béarn, les Castelnau-Loubère. Il reçoit une remarquable éducation, dans le goût du temps, à grand renfort d'auteurs et de langues anciennes, qui développe sa mémoire peu commune et ses facilités oratoires.

Il passe les Alpes, voyage puis fait ses premières armes en Toscane et Piémont, dans les derniers remous des guerres d'Italie. Vite remarqué, vite promu: en 1557,Galère de l'Ordre de Malte. Musée de La Valette. à Malte, il commande une galère de l'Ordre. Avec la petite flotte des Chevaliers, échappant aux Espagnols de Gibraltar, il gagne les ports de l'Atlantique et rejoint les troupes françaises en lutte contre Charles-Quint. Après la terrible défaite de St Quentin, il entame sa carrière de diplomate et participe aux négociations du traité de Cateau-Cambrésis.

Commence alors une longue série de missions auprès des cours étrangères. Catherine de Médicis l'envoie en Ecosse puis en Angleterre Marie Stuart, reine d'Ecosse (1542-1587)auprès de la jeune Reine Elisabeth 1ère, mais aussi en Allemagne, au Piémont, aux Pays-Bas, à Rome...La correspondance royale témoigne de l'estime et de la confiance dont il jouit. Il est récompensé par le titre de gouverneur de Saint Dizier. En 1561, il raccompagne Marie Stuart qui rejoint l'Ecosse (catholique) puis passe un an comme ambassadeur à la Cour (protestante) de Londres.

Bataille de Dreux. Gravure d'époque (détail)Champs de bataille et cours royales
Lorsqu'éclate, en 1562, la 1ère guerre de Religion, il doit quitter Londres qui soutient les huguenots. Capturé par ceux-ci, il est racheté par le roi Charles IX et rejoint l'armée royale. Il est au sac de Rouen, à la bataille de Dreux, à celle du Havre et s'empare de Tancarville.

S'il est, en temps de guerre, de toutes les batailles, il est, aux temps de paix, de toutes les fêtes. Car il est bien en cour: à Fontainebleau, un beau jour de 1564, les enfants de France (dont le futur Henri III) et les jeunes princes ( dont le futur Henri IV) donnent un spectacle écrit par Ronsard : c'est Mauvissière qui entre en scène pour en dire la conclusion !

Bataille de Jarnac. Tapisserie Renaissance, vers 1565 (détail) Musée de Cluny.Quand la guerre reprend, il est chargé de recruter reîtres et lansquenets en Allemagne et aux Pays-Bas, puis retourne en Ecosse. En 1567, il fait échouer un coup de main protestant pour s'emparer du Roi à Monceaux lès Meaux. En 1569, c'est lui qui annonce au roi la victoire de Jarnac avant de retourner se battre à Moncontour et St Denis. En 1572, le voici de nouveau à Londres pour proposer, sans grand succès, un mariage entre la Reine Elisabeth et le duc d'Anjou.
 Elisabeth 1ère d'Angleterre (1533-1603)
 L'ambassade à Londres (1575-1585)
 Trois ans plus tard, Henri III qui vient d'accéder au trône le renvoie à Londres comme ambassadeur. Il va y mener, pendant dix ans, un difficile jeu diplomatique pour dissuader la Reine Elisabeth, devenue chef de l'Eglise anglicane, d'appuyer les protestants français en lutte contre le Roi de France. Il est aussi amené à soutenir (en sous-main) le parti catholique anglais symbolisé par Marie Stuart, emprisonnée par sa royale cousine Elisabeth. Il Marie Stuartn'est pas étranger aux complots qui visent à éliminer cette dernière. Mais s'il a des "indicateurs" partout, il est aussi espionné dans sa propre ambassade, trahi par un de ses secrétaires et (probablement) par le célèbre philosophe italien Giordano Bruno qui était son hôte.
Dans ces circonstances difficiles, il réussit à garder l'estime de ces deux femmes. Elisabeth n'hésite pas, dans un de ses lettres au roi de France, à le déclarer "digne d'une plus grande charge que celle d'ambassadeur". Marie Stuart, qu'il n'a pu arracher à la prison, continuera à lui écrire jusqu' à son exécution en 1587.
 
Le retour en France et les dernières années à Jonville
 
Castelnau-Mauvissière regagne la France en 1585.alors que la Ligue des princes catholiques se soulève contre Henri III. Sa mission àEn bas à gauche, l'abbaye Saint Père de Melun avant sa destruction en 1590. Détail d'un tableau du musée de Melun. Londres l'a à peu près ruiné, ses dépenses n'étant que rarement remboursées. Et de plus, le bateau transportant ses biens vers la France est saisi par des pirates! Resté fidèle au Roi, il voit ses terres de St Dizier et de Beaumont le Roger (qu'il avait reçue en récompense en 1577) saisies ou pillées par les Ligueurs.   Il avait heureusement obtenu en 1577 la commende de "l'abbaye Saint Père de Melun que le Roy voulut bien lui conserver pour sa maison après la mort de Jean de Morvillier, évêque d'Orléans, oncle de sa femme" qui en était l'abbé depuis 1560. Les bénéfices de cette maison, gouvernée au spirituel par un "abbé masqué", Robert Hérisson, lui assuraient un revenu de 8000 livres par an. Il se retire alors à Jonville-en Gatinais dont il est seigneur (depuis 1560 ?) avec le titre de baron. Mais l'abbaye de Saint Père est à son tour entièrement détruite en septembre 1590, au cours de l'occupation de Melun par les troupes d'Henri IV. Il semble que celui-ci lui ait alors accordé, en guise de dédommagement, un commandement dans son armée. Si cela est, il ne devait guère en profiter puisqu'il mourut à Jonville en 1592.

Il fut enterré dans l'église de Pringy qui garde encore son épitaphe.
 

Cy gist et repose le corps de haut et puissant messire Michel de castelnau, seigneur de Mauvissière, de jonville, de concressant et dieuvre le chastel, par engagement comte de beaumont le Roger, chevalier de l'ordre du roi, conseiller en son conseil d'etat et privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur de la ville et chateau de saint dizier, ambassadeur pour sa majesté en angleterre. lequel apres avoir dignement servi les roys henri et françois ii, charles ix, henri iii en plus grandes et honorables charges tant dedans que dehors le royaume, décéda en sa maison de jonville à l'age de lxxv ans le 27 octobre 1592, ayant ordonné avant sa mort que son corps fut inhumé en ce lieu et chapelle de notre dame de pringy où il s'est fait plusieurs miracles. passant, priez dieu pour le repos de son âme.

. En ces temps de violences et d'affrontements fratricides, au milieu des combats et des honneurs, il avait su garder un trop rare esprit d'ouverture et de tolérance  dont témoigne la conclusion de ses Mémoires, véritable testament spirituel.
 

Tu pourras juger, mon fils, et ceux qui liront ces mémoires, s'ils étaient un jour mis en lumière, à qui il a tenu si l'Edit de la Paix (en 1563) tant d'une part que de l'autre a été mal observé et connaîtras par ce qui en est depuis advenu que le glaive spirituel, qui est le bon exemple des gens d'Eglise, la charité, la prédication et autres bonnes oeuvres, est plus nécessaire pour retrancher les hérésies et ramener au bon chemin ceux qui en sont dévoyés, que celui qui répand le sang de son prochain; principalement lorsque le mal est monté à un tel excès, que plus on pense le guérir par les remèdes violents, c'est alors qu'on l'irrite davantage.


 
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