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" Un mystère subsiste en ce qui concerne les cloches (de St Fargeau). Une légende veut que deux d’entre elles aient été enterrées au pied du clocher (pour les sauver de la fonte sous la Révolution)…et des fouilles ont été entreprises en 1980…(pour les retrouver) sous réserve que celles-ci aient bien existé… " Saint Fargeau-Ponthierry au fil des temps, p 282.

Elles ont bien existé mais c’est dans les archives qu’il fallait fouiller pour retrouver leur trace !

Vie et mort des cloches fantômes 1775-1793

Une naissance difficile

En 1775 un nouveau curé, Joachim Deverel, est nommé à St Fargeau. Très actif, il met en route travaux de restauration et d’entretien. Pour réparer le clocher, on descend les trois cloches existantes:’’ d’ailleurs fort discordantes …la fonte de la seconde cassée…le fondeur propose de refondre les trois…’’. Le financement est difficile, les seigneurs de Jonville et St Fargeau refusant d’y contribuer, mais enfin le travail commence sur place. ‘’Deux cloches ont manqué sur trois, l’ouvrier a recommencé, une a encore manqué sur deux..’’ Finalement, avec trois anciennes cloches, on réussit à en faire quatre ‘’bénites sans cérémonies par le curé’’.             

Une vie courte mais bien remplie

Pendant quinze ans, le son familier des quatre cloches neuves de St Fargeau (et de celle de l’annexe de Moulignon) va accompagner la vie des hommes et des femmes des hameaux. L’Angélus et ‘’la cloche qui sert de timbre à l’horloge’’ rythment leur journée de travail . Carillon des jours heureux, au temps des baptêmes et des mariages, tintement du glas aux matins de deuil marquent les grands moments de leur existence. Mais les cloches ont aussi un rôle social de communication: appel à l’assemblée communale, tocsin des incendies, annonce des événements nationaux etc. Ces ‘’médias’’ de l’époque, seul moyen de se faire entendre à distance, semblent irremplaçables. Et pourtant leurs jours sont comptés !

Chronique d’une mort annoncée

Comme toutes les cloches du royaume, celles de St Fargeau chanteront les grandes espérances de l’année 1789. Mais, dès l’année suivante, les cloches des couvents fermés ( Dammarie) et des paroisses supprimées par regroupement (Montgermont) commencent à être envoyées à la fonte pour faire de la petite monnaie. Moulignon y échappe de justesse.

Bientôt, la ‘’Patrie en danger’’ a besoin de métal pour ses canons ! Décidée pendant l’été 1792, la mesure de descente des cloches est précisée en juillet 1793 : une seule restera par paroisse. Le 19 septembre, Métier, un ‘’curé rouge’’, reçoit pleins pouvoirs pour faire exécuter les décrets de la Convention dans le département. Sur son ordre, la citoyenne La Roche, directrice des Messageries nationales de la Haute Seine, ouvre, le 1er octobre, un registre : ‘’Etat des cuivres et des cloches qui ont été déposés dans la cour et magasin du bureau des coches d'eau de Melun’’..

Les paroisses, devenues communes, tiennent à leurs cloches (qu’elles ont payées) et ne manifestent guère d’enthousiasme à les livrer. A St Fargeau, Deverel, décédé en 1791, a été remplacé par un jeune prêtre, François Mercier, élu par l’assemblée du district. Loiseau, le maire, et les officiers municipaux avaient eu la responsabilité des finances paroissiales. Ils ignorent délibérément les premières demandes. Métier durcit le ton et menace : le 19 octobre, il annonce que ‘’ceux qui s’opposeraient à la livraison des cloches seraient dénoncés au Tribunal Révolutionnaire comme traître à la Patrie’’. Trois jours plus tard, il écrit à la municipalité de St Fargeau et réclame ‘’cloches, battants et ferrements’’. Cette fois-ci, il faut répondre :’’nous sommes prêts à vous les faire rendre à Melun le jour et l’heure que vous nous indiquerez’’.

Alors, dit la chronique paroissiale, ‘’on ordonna que les cloches au nombre de trois seraient descendues du clocher et seraient conduites à Melun… Et alors la petite, la moyenne et la troisième ont été enlevées et la grosse resta par rapport au timbre de l’horloge’’. Le 2 novembre 1793, la citoyenne La Roche inscrit au folio 7 de son registre : ‘’reçu quatre cloches (dont celle de Moulignon) provenant de la commune de St Fargeau par le citoyen Duguet, voiturier’’ et dix jours plus tard ‘’les ferrements et battants des cloches…par le citoyen Rabourdin’’.

Au printemps suivant, après une grève des mariniers, effrayés par le poids du chargement (plusieurs dizaines de cloches), elle réussit à expédier sa récolte à Paris. Au passage de la Citanguette, nos cloches destinées au creuset ont-elles dit une dernier adieu à leur sœur restée solitaire dans le vieux clocher qui domine la Seine ?

Sources : Archives départementales séries L et Q. Chronique paroissiale .

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