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Du travail des enfants  au XIXème siècle ( 1 )

On évoque souvent le dramatique problème des enfants au travail (ailleurs) dans le monde. Il n'est peut-être pas inutile, devant certains jugements rapides, de rappeler quelle était la situation chez nous, il n'y a guère plus d'un siècle...
Le 20 novembre 2004,  Journée Internationale des Droits de l'Enfant. © Jean ROBERT

Dans nos sociétés rurales, jusqu'à au milieu du XIX° siècle, le travail des enfants était considéré (souvent à juste titre) comme indispensable à la survie de la famille. La rue des Bergères, à Tilly, en garde le souvenir. La culture de la vigne, principale ressource des familles modestes de nos hameaux, faisait appel aux petites mains pour l'échenillage, l'effeuillage,  la vendange et le ramassage des sarments. Les petites filles menaient à la vigne les dindons, grands consommateurs d'insectes parasites. Aussi, comme le soulignent les rapports d'inspection des petites écoles en 1792 (ADSM L 533), l'année scolaire n'excédait guère six mois, d'octobre à mars.

 Dans les hotelleries de Ponthierry, les Cosettes faisaient partie du paysage. L'apprentissage, chez les artisans, commençait très tôt : le 17 juin 1605, "noble honnête maître Nicolas Le Jay, procureur du Roi au Châtelet de Paris (et Seigneur de Tillly Maison-Rouge), procureur du bien de tous pauvres enfans orphelins," signe un contrat d'apprentissage de 10 ans chez Pierre Halbou, maçon, et sa femme, "d'une pauvre fille trouvée par les rues de Paris, nommée Nicole, laquelle n'a sceu dire ni son surnom, ni de qui elle était fille, agée d'environ huit ans, ainsi que par la conspection de sa personne on a pu juger..." (F61)

La révolution industrielle déplace le travail des enfants de la famille ou du village à l'atelier ou la fabrique. Cela ne pose guère problème aux élites: En 1837, le préfet juge que "le nombre d'heures de travail s'élève rarement au delà des facultés du jeune âge, soit sous le rapport de la force physique ou des facultés morales; ainsi le travail de corps ou d'esprit n'est jamais de plus de 12 heures sur 24, puisque sur chaque jour, il y a deux heures affectées au repas ou aux récréations" (ADSM M 7449).

Le préfet précise bien, en réponse à la demande d'un industriel, et après avoir consulté le ministère, "que les 2 heures de repos ne sont pas comprises dans les 12 heures de travail." Filatures, papeteries, faienceries (dont celle bien connue de Montereau), utilisent largement la main d'oeuvre enfantine. En 1847, dans une filature de Meaux, 22 enfants travaillent 8 à 12 heures par jour à partir de 8 ans. En 1842, la faiencerie du Mée emploie 51 hommes et 43 enfants . (ADSM M 7449 et 7883).

 

Les plus jeunes travaillent souvent avec leur mère comme dans les filatures ou à la grande papeterie d'Essonne. Pourtant  une prise de conscience se dessine.Une première loi, le 18 mars 1841, limite le travail à huit heures pour les 8-12 ans, 12 pour les 12-16 ans et interdit le travail de nuit pour les moins de 13 ans (entre 21 heures et 5 heures). Mais elle reste lettre morte; la commission de surveillance, dont fait partie Mr de Lyonne, maire de St Fargeau est pratiquement  inefficace.


P
apeterie d'Essonne

En 1871, une faiencerie de Montereau emploie encore 42 enfants de moins de 12 ans. A Claye, 27 petites filles de moins de 12 ans travaillent 60 heures par semaine dans les ateliers de toiles imprimées. Les tuileries et briqueteries emploient aussi beaucoup d'enfants ou d'adolescents. Sous le Second Empire "libéral", les membres des commisions locales de surveillance sont des bénévoles, issus (et solidaires) des classes possédantes, que les idées "sociales" ne semblent guère avoir atteints.

Ce n'est qu'après 1870, qu'une nouvelle loi est votée le 19 mai 1874. L'âge minimum est fixé à 12 ans. Le temps de travail imposé est de 6 heures puis 12 heures de 13 à 16 ans; le travail de nuit est interdit jusqu'à 16 ans. Un  "corps d'inspecteurs du travail et des filles mineures dans l'industrie" est créé. Leur statut de fonctionnaire leur donne l' indépendance nécessaire  Ils sont peu nombreux ( la Seine et Marne est rattachée à Versailles puis Orléans) mais  s'appuient sur les inspecteurs primaires habilités à contrôler les conditions de scolarisation des jeunes travailleurs.

Ils vont vite s'intéresser à ce qui se passe à Ponthierry.
 

Pour aller plus loin : aux A.D de Seine et Marne, en série M, les dossiers cités et d'autres, classés en "travail des enfants". Voir aussi, en série M, les dossiers "statistiques industrielles" et, en série T, les rapports des inspecteurs de l'enseignement. Les dossiers de l'inspection d'Orléans ont été détruits en 1940 mais on trouve la correspondance aux Archives Nationales (F 12 4704 à 4773) 4733 pour la Seine et Marne. L'enquête de 1848 sur le travail agricole et industriel  (aux Archives Nationales C 944 A 963) éclaire la situation au milieu du siècle. Il en reste quelques réponses des cantons de Seine et Marne aux Archives départementales M 7808.

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