Fil d'Ariane > Région > Deux invasions : 1814 -1815
1814 - "Le passage et repassage des troupes...." - 1815

 Les mameluks tenaient garnison à Melun où certains se retirèrent après 1814

     La fin de l'aventure impériale fut marquée, dans notre région, par deux invasions à un an d'intervalle; elles ne revêtirent généralement pas le même caractère dramatique que dans le nord et l'est de la Seine et Marne. Les Alliés, ramenant Louis XVIII dans leurs bagages, pensaient être bien accueillis. Mais le flux et le reflux des armées se nourrissant sur le pays et les mois d'occupation entraînèrent pillages et réquisitions en tout genre. Le 12 juillet 1815, l'Etat-Major Prussien, installé à Fontainebleau, s'étonne, dans une lettre au Préfet, de ce que " à Chailly, Perthes, St Sauveur..., la plupart de la population s'est cachée dans les forêts." Le Préfet lui répond vertement : " Vous n'avez qu'à tenir vos troupes !" (ADSM 8R16)

     Les troupes russes sont sur la rive droite de la Seine "où les vignes sont dévastées", les autrichiens et polonais à Melun. "Les communes situées sur la rive gauche sont réservées pour fournir vivres et fourrage aux troupes cantonnées.." (ADSM 8R16).
 "...Nos pauvres vignerons sont plus malheureux que jamais, étant privés de toute récolte depuis deux ans qu'ils ont supporté le passage immense de troupes françaises et alliées, ainsi que les réquisitions de toute espèce..".(Mr de Gontaut-Biron, maire de Pringy, au Préfet le 15 août 1815, ADSM 8R15). "...Le Prince Charles de Bavière a logé le 17 et 18 juillet dans la commune, avec son premier et deuxième régiment de chevaux-légers et toute son artillerie...en hommes et en chevaux, il a été consommé plus de 800 bottes de foin et de luzerne.. Le vin a été consommé par les troupes françaises l'année dernière; point de récolte la dernière vendange, le peu qu'il y avait a été consommé, dans la suite, des troupes du Prince de Bavière" (Le maire de St Germain sur Ecole, au Préfet le 24 août 1815, ADSM 8R15).

    " L'an mile huite canc quatorze cete anne a été maleureuse en ce que depuis le commancemant du mois de mars jusqu apres les feste de pacque lon aver a loger jusqua 25 soldats par maison qui  piêr et manger toute ce qu ils pouver atraper. Lonaver toute cachée du mieux quil étté posible...(sic) " (du livre de comptes de Pierre Antoine Noirot, menuisier à St Sauveur sur Ecole, ADSM)

  " ....le 7 avril de l'année dernière (1814), on m'a enlevé pendant que j'étais à l'église pour faire l'office du jeudi saint 150 bottes de foin. Le dix, jour de Pâques, sur les deux heures du matin, on m'a enlevé près d'une demi-pièce de vin. Le même, sur les dix heures, on est revenu à la charge. On a enfoncé deux portes, forcé mon armoire, on a pris du linge d'église comme surplis et autres, seize à dix-huit chemises, mouchoirs, environ une douzaine de draps, couvertures et deux paires de souliers et autres provisions nécessaires à la vie. Cette année, on s'est présenté, les uns baïonnette au fusil, les autres pistolets à la main; ne trouvant pas ce que l'on cherchait, j'en ai été quitte en donnant du vin...(Masson, curé de Cély en Bière, au Préfet le 25 août 1815, ADSM 8R47).


 
Infanterie de ligne autrichienne, lithographie d'après Knötel

Ecclésiastique sous la Restauration, lithographie de Marlet 1816

  
Les temps troublés permettent aussi quelques règlements de compte :  " Personne n'a perdu plus que moi dans la paroisse de St Martin....les habitants de ma paroisse, la plupart buonapartistes outrés, m'ont envoyé exprès chez moi, l'année dernière (1815), des militaires à loger et à nourrir...sous prétexte que j'étais royaliste. Les Prussiens ne sont pas plus tôt entrés chez moi qu'ils m'ont maltraité et pillé, en sorte que j'ai été obligé de m'enfuir avec mon domestique et d'abandonner ma maison; en sorte que pendant plus de douze jours que les  troupes ont séjourné chez moi, ils ont bu et mangé toutes mes provisions, ravagé le presbytère en entier, cassé tous les carreaux de vitres, volé tout mon linge, coupé mes soutanes et mes habits par morceaux à coups de sabre, haché mes couchettes, armoires, chaises et autres effets de cuisine, sorti et emporté tout le meilleur de chez moi et fracassé tout le reste...
(Bruque, curé de St Martin en Bière, au Préfet, le20 juin 1816, ADSM 8R6).

Les réquisitions se font "par billet de la municipalité" d'où de nombreuses réclamations. Costume de s/préfet en 1815
Le 26 août 1815, le sous-préfet de Melun administre au maire de St Fargeau une sévère leçon de morale civique : "Monsieur, j'ai reçu des plaintes dans lesquelles on vous impute de vous être toujours ménagé dans la répartition des logements, réquisitions et autres charges de guerre que supporte votre commune. Je ne puis croire, monsieur, à une telle imputation. Comme maire, vous devez, en pareil cas, montrer plus que de l'impartialité; la délicatesse veut encore que vous fassiez preuve de désintéressement, en commençant par vous imposer à vous-même un contingent au moins égal à celui que vos facultés, comparées à celles des autres habitants, doivent vous faire supporter.." (ADSM8R15).

En 1816, les communes présentent dossiers et états pour percevoir un "secours royal...sacrifice que Sa Majesté a bien voulu s'imposer dans son amour pour son peuple " (ADSM8R50). A Ponthierry, "la veuve Ribatton a fourni, le 14 octobre 1814, 1500 livres de pain...LeFranc, fermier à Boulineau, foin et fourrage...le 26 septembre 1815, à 4 heures du soir, St Fargeau a dû fournir 300 livres de viande ..."
Certains essaient de profiter de la situation. Lacour, ancien fermier du château des Bordes, déclare que "la ferme, située sur le bord de la grand route de Paris à Fontainebleau (à Ponthierry), a été totalement dévastée en ladite année 1814". Mais le maire atteste que tout le matériel et les récoltes avaient été vendus avant l'invasion et que le fermier était parti avec le produit de la vente ! 

 Le bonheur des uns fait le malheur des autres ! 
Les crédits sont enfin répartis mais la commission préfectorale, tout en reconnaissant les pertes des agriculteurs, change leur destination.
 " Considérant que depuis l'époque où l'ordonnance a été rendue, leur sort s'est considérablement amélioré par l'augmentation presque calamiteuse du prix des grains;     que malgré l'intempérie de la saison et la difficulté des récoltes, elles ont été abondantes sans exception, et que leur produit répare d'autant mieux les maux des deux années précédentes que le prix du grain, au lieu d'offrir une diminution, semble devoir se soutenir à un taux fort élevé;
     que leur position, changée du tout au tout, n'a éprouvé une révolution aussi heureuse qu'en précipitant les dernières classes de la société , déjà maltraitées par les deux dernières occupations, dans un état de gêne et de souffrance qui serait digne de tout l'attention du gouvernement - lors même qu'il n'offrirait pas à une prévoyance éclairée de justes sujets de crainte pour l'époque prochaine, où la cessation des travaux rendra nulles les ressources déjà insuffisantes de ces classes malheureuses -
     c'est à leur secours qu'il est urgent de venir...." (ADSM8R50)
 

 

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