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" Quand nos ancêtres vivaient de la Seine "¨
Notes d'histoire sur la pêche et les pêcheurs professionnels

Le statut du fleuve

Corporation et règlements

Techniques de pêche

Les prises et la vente

Disparition au XIX siècle


 Voici neuf mille ans, des hommes sont déjà installés dans la vallée de la Seine. Pour chasser et pêcher, ils creusent dans des troncs d’arbres des pirogues comme celles récemment découvertes dans le lit du fleuve, par des archéologues plongeurs au gué de la Guiche, à la limite de la Seine et Marne et de l'Essonne.(travaux du G.R.A.S). De Noyen à Etiolles, pointes de flèches, harpons, hameçons de pierre ou d'os, objets de bronze ou de fer, traces de pêcheries médiévales témoignent d'une exploitation ininterrompue des ressources halieutiques depuis le mésolithique.

Le statut du fleuve
                                        Le Bas-Empire Romain et le Haut Moyen-Age voient naître les premières réglementations dont hérite le vieux droit français. Pas de terre sans seigneur et la terre, ce n'est pas la glèbe mais l'espace d'où l'eau ! Aux seigneurs locaux, le droit de pêche sur les petites rivières mais la Seine et tous les cours d'eau navigables ou flottables, c'est l'Eau du Roy! Charlemagne les faisait déjà surveiller par ses gardes. Ces droits "régaliens" peuvent être exercés directement par l'autorité royale ou concédés à des vassaux ou des établissements religieux. Dans la traversée de notre région, la Seine connaîtra ces deux régimes en amont et en aval de l'embouchure de la rivière Ecole qui marquait la limite des anciens comtés de Corbeil et de Melun.

Corbeil : le Fief de la Mothe ou maîtrise de l'eau

De Villeneuve St Georges à l'Ecole, la "Maîtrise de l'Eau" a été concédée depuis le XII° siècle à l'Hôtel-Dieu de Paris. Elle comprend les droits de pêche, mais aussi "d'épave" et de justice sur la Seine. En 1656, elle passe (pour 6500 ll) à la famille de Villeroy jusqu'à la Révolution. Les administrateurs de l'Hôtel-Dieu accordent aux pêcheurs -moyennant finances - le droit de pêche par lettres de provision mais font appliquer les règlements : engins autorisés, dates d'ouverture, espèces et tailles prohibées etc...
Une fois par an, se tiennent les assises : tous les pêcheurs (45 à 50) sont appelés et doivent venir payer leur droit annuel. Aux XVII° et XVIII°siècles  le Seigneur du Coudray  a obtenu en sous-fief la partie de Corbeil à Croix Fontaine et le Seigneur de Tilly Maison-Rouge celle de l'île Malaquais à Sainte Assise. Eux aussi devraient répondre à l'appel mais : 


Aujourd'hui vendredi précédant la Pentecoste, 5 juin 1767, l'appel des mestres-pescheurs a été fait...
En fief : le Seigneur de Maison-Rouge doit par an trente sols...absent
en fief : le Seigneur du Coudray doit par an trente sols.... absent
Port de Seine-Port : Jean-Baptiste Chamblain présent a payé - Jacques Chamblain absent payé -
Claude Vessière présent a payé. Port de Saint Fargeau : Pierre Edmon absent -
Port du Coudray : Jacques Ruelle doit les années 1765, 1766, en 1767 absent.
François Giffaut doit les années 1764, 1765, 1766, en 1767 absent..."      
(A.D.Essonne B.783)

 Melun : la Maîtrise des Eaux et Forêts 

L'ancien comté de Melun avait aussi connu une "Maîtrise de l'Eau" au moyen-âge. Mais les Rois de France avaient ensuite donné et octroyé aux maîtres-pêcheurs de la ville de Melun le privilège de pêcher sur la Seine "depuis le lieu de la Pierre de Seyne, près Montereau, jusques au lieu appelé l'Escolle, attenant Sainte Assise, au dessous du dit Melun, à la charge d'aller par chascun an, aux grands jours qui se tiennent à Fontainebleau par le Maistre particulier de nos Eaux et Forêts, payer, chascun d'eux, au receveur de notre domaine dix sols parisis..."    (Arch.Municip.Melun HH)

Chaque année, le Premier Mai, les pêcheurs de Melun et environs, rassemblés en confrérie, se rendent donc au carrefour de la Table du Roi, en forêt de Fontainebleau pour payer leur taxe (régulièrement augmentée) et offrir leurs plus beaux poissons à l'administration royale. Leur monopole souffre quelques exceptions héritées du droit féodal.

Le Vicomte de Melun avait droit à 3 jours par an avant lesquels la pêche est interdite une semaine. L'Abbé de St Père pouvait faire pêcher aux deux  "St Pierre d'été" mais devait verser quatre pintes de vin, huit miches, dix oeufs six fois par an.


Décor d'une pierre tombale dans l'église de Forges

 

Le chapelain du Roi avait droit de pêche au jour de la St Vincent. Quand aux religieux de la Collégiale Notre-Dame, de l'abbaye de Barbeau, du prieuré de St Sauveur, ils avaient droit de pêche sous les moulins qu'ils possédaient sur le fleuve.

Cette organisation millénaire, abolie dans la nuit du 4 août 1789, allait disparaître avec la Révolution.


© Ces notes sont extraites d'une conférence de Mr Jean ROBERT donnée
à l'occasion de l'inauguration du centre socio-culturel de St Fargeau-Ponthierry .

Pour aller plus loin

Pour l'ancien comté de Melun : LEROY (Gabriel), Recherches sur la corporation des maîtres-pêcheurs de Melun, Melun, A.Hérisé, 1868.- 20 p: in 8°. ADSM : 8° 1509/11. Cet article est surtout basé sur les archives municipales de la ville. Il est à compléter par les archives de la Maîtrise particulière des Eaux et Forêts de Fontainebleau, aujourd'hui disponibles aux Archives départementales de Seine et Marne : 4 B 121 à 133 (Ancien Régime), L 1919 (Révolution) ainsi que 7 Mp 21 et 7 M 10 à 22 (XIX°siècle).
Pour la "Maîtrise de l'Eau de Corbeil", Cavailler (Paulette), "Le Fief de la Mothe ou Maîtrise de l'Eau de Corbeil au début du XVII° siècle" dans La Seine et son histoire, Mémoires Paris et Ile-de-France, tome 45, 1994.
Pour les "fiefs" du Coudray et de Tilly-Maison Rouge, AD Essonne 47 J 26.
Dans La Seine et son histoire, deux articles de DELAHAYE (Gilbert-Robert) : "L'abbaye de Preuilly, la Seine et l'Yonne aux XII° et XIII° siècles" et "A propos d'une pierre tombale de l'église de Forges "(voir dessin ci-dessus).
Sur les découvertes du gué de la Guiche: un article de Philippe BONIN :Découverte de deux pirogues monoxyles mésolithiques entre Corbeil-Essonne (Essonne) et Melun (Seine et Marne)dans Les derniers chasseurs-cueilleurs d'Europe occidentale (13 000 - 5 500 avant J.-C.). Actes du colloque international de Besançon, octobre 1998. Presses Universitairs Franc-Comtoises.
Les gravures médiévales ou renaissance proviennent de NETserf  et celles XVIII° de l'Encyclopédie.
 

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